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Après Irma, les « mille vies » d’une assistante sociale de Saint-Barth’

(10/10/2017)

En à peine un mois, trois ouragans se sont abattus sur les Antilles. Sandrine Reynal les a vécus à Saint-Barthélemy, en tant qu’assistante sociale. Et sur « l’île des stars » désormais « désastrée », son service social a choisi de concentrer ses aides auprès des vieux habitants démunis qui ont perdu leurs toits.

Saint-Barthélemy a la réputation d’être une île de milliardaires… En temps normal, quelle est donc l’activité de votre service social ?
A Saint-Barth’, les milliardaires ont une résidence secondaire, mais ils n’y habitent pas… Notre « pôle de cohésion sociale » compte six travailleurs sociaux. Et il met en œuvre toutes les compétences sociales d’un département et d’une commune, qu’assume notre collectivité d’outremer, pour presque 10 000 habitants. Effectivement nous avons peu de précarité financière. Les loyers sont si chers ici qu’il est très difficile de vivre au RSA – seule une soixantaine y parvient. Mais nous faisons face à de la précarité sociale : carences éducatives, addictions à l’alcool ou à la cocaïne, grand âge, handicap… Et pour y répondre, nous dépendons non seulement de la métropole, mais aussi de la Guadeloupe, et même de Saint-Martin. Nous n’avons par exemple aucune solution sur l’île pour placer un enfant. Nous sommes donc habitués à improviser !

Dans ce contexte l’ouragan Irma s’abat sur votre île le 6 septembre. Avez-vous pu reprendre le travail rapidement ?
Pour ma part, voir la porte-fenêtre de ma chambre s’envoler à 4 heures du matin a été un traumatisme… Au premier jour, nous sommes restés hagards. Il n’y a alors plus de radio, plus de téléphone, plus d’internet. Nous prenons des nouvelles des proches. Et le lendemain, je passe par l’aéroport… Ils y installent un centre opérationnel de secours. Pendant cinq jours, je n’en suis pas ressortie, pour prêter main-forte face à l’urgence. J’y ai vécu des scènes d’apocalypse. Mais ce n’était pas du travail social.
Cependant nous avons commencé à recenser les personnes sans toit. Et nous nous sommes rendu compte qu’il fallait focaliser notre aide sur les vieux « Saint-Barth’ ». Nombre de ces personnes âgées sont restées sidérées dans leur quartier, avec le toit de leur petite case envolé. Or ils ne se sont jamais assurés ! Depuis nous partons à leur rencontre, avec la cellule d’urgence médico-psychologique. Les destructions qu’ils ont subies sont inimaginables.

Et vos bureaux ?
Ils sont restés intacts, miraculeusement. Ce n’est qu’après le passage du second ouragan, José, que j’y suis retournée. Et comme ma responsable a dû quitter l’île, j’y ai été parachutée cheffe du service, à devoir prendre des décisions, et à gérer mon équipe, elle aussi « cyclonée » ! J’ai l’impression d’avoir vécu mille vies depuis Irma…
Mais notre équipe est solide. Nous essayons de répondre à nos missions. Et comme notre public se démultiplie, nous sommes obligés de faire une sélection. Nous concentrons notre aide sur les personnes âgées, avec peu de moyens, souvent à l’APA.
Nous allons rester sinistrés longtemps à Saint-Barth’. Nous avons déjà 120 demandes de logement, sans solution. Près de 4 200 maisons ont été impactées. Et on ne peut pas démultiplier les artisans. Certains sinistrés ont pu se loger dans des chambres de grosses villas, mais avec le retour des touristes, fin octobre, ça va être compliqué.


Auteur : Olivier Bonnin (photo : © AFP Photo / Twitter / Quentin Liou)
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