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Intervenant social en commissariat ou en gendarmerie, un poste frontière

(12/10/2017)

Travailleurs sociaux, mais exerçant chez les forces de l’ordre, les « ISCG » peuvent se sentir doublement à la marge. Leur rôle d’interface entre les deux univers, pourtant, s’avère crucial - et notamment pour les victimes de violences familiales. Témoignages avec leur association nationale.

« J’ai retrouvé du sens au travail social. » La bonne nouvelle est annoncée par Estelle Karchen dans un amphithéâtre du ministère de l’Intérieur, le 11 octobre à Paris. Cette assistante sociale est salariée par le conseil départemental de l’Hérault, mais c’est dans un commissariat, puis en gendarmerie, qu’elle a trouvé ce renouveau professionnel. Depuis 2007 elle y exerce en tant qu’intervenante sociale, auprès de publics impliqués dans des violences conjugales, familiales, ou encore en détresse… Et elle n’est pas la seule à rapporter ce sentiment, à cette rencontre de l’Association nationale d’intervention sociale en commissariat et gendarmerie (ANISCG).
Certes, les 261 « ISCG » exerçant aujourd’hui en France occupent une position plutôt inconfortable : ils campent entre deux mondes. Lorsqu’un poste a été créé à Rennes par exemple, il a d’abord fallu rapprocher « deux cultures professionnelles, qui se regardaient souvent avec méfiance », témoigne un participant. La présidente de l’association, Pascale Dubois, a elle-même vu des policiers redouter d’être « fliqués » (sic) par ces travailleurs sociaux ! Pourtant les forces de l’ordre choisissent leur métier « pour arrêter des voleurs, et non pour écouter des victimes », poursuit-elle : ils réalisent bien vite que cet « intrus a finalement toute sa place »… Et au fond, si ces deux cultures « peuvent paraître antagonistes, elles se retrouvent sur un objectif commun » de défense des victimes, résume Audrey Diaz, coauteure d’une recherche de DEIS (1), que doit bientôt publier l’ANISCG.


Isolement

Mais les ISCG peuvent aussi se sentir à l’écart des autres travailleurs sociaux. Au terme d’une étude, cette fois pour un Caferuis (2), Alexandra Richard décrit pour sa part un certain isolement dans l’Eure. L’infra-territoire de la gendarmerie, sur lequel elle exerce seule, dépasse celui du conseil départemental, qui est pourtant son employeur. Dès lors, au-delà de certaines communes, son réseau de partenaires s’avère moins fourni… Et dans certaines situations délicates, elle se retrouve souvent « sans collègue pour échanger ». Quant à son encadrement, il demeure à distance : « Ma responsable infra-territoriale n’a pas de contact avec ma vie quotidienne. »
Et pourtant, ainsi positionnés à la frontière de la sécurité publique et du travail social, ces urgentistes peuvent jouer un rôle majeur. Près de la moitié des personnes qu’ils rencontrent « ne sont pas en relation avec le service social », souligne la présidente de l’ANISCG. Et depuis leur commissariat ou leur gendarmerie, ils peuvent jouer pour elles « un rôle de traducteur, et d’aiguilleur du ciel » décrit Virginie Nadal, autre auteure de la recherche pour le DEIS. Même entre les institutions, ce poste frontalier peut faire office d’ambassade, suggère son complice Yann Moreno, éducateur en prévention spécialisée : « Nous n’avons pas la culture professionnelle d’aller voir nos camarades des forces de l’ordre… » La précarité des postes des ISCG n’en paraît que plus désolante.

 

(1) Diplôme d'Etat d'ingénierie sociale

(2) Certificat d'aptitude aux fonctions d'encadrement et de responsable d'unité d'intervention sociale


Auteur : Olivier Bonnin (photo : © Fotolia)
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