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Aurélie Carré, une assistante sociale contre le djihadisme

(20/03/2017)

La Caisse d’allocations familiales (CAF) des Yvelines est la seule à avoir confié la prévention de la radicalisation à une travailleuse sociale à plein temps. Aurélie Carré, 32 ans, nous décrit les accompagnements qu’elle déploie auprès des familles touchées, de Versailles jusqu’à Trappes.

Comment parvenez-vous à approcher des familles concernées par une radicalisation ?
J’interviens uniquement auprès d’allocataires de la CAF, qui ont été signalés à la préfecture, soit par le numéro vert (1), soit par nos propres agents par mon intermédiaire. Après l’évaluation de la situation en préfecture, s’il n’y a pas de menace terroriste directe, je suis en mesure de contacter la famille. Et je propose un rendez-vous, en évoquant par exemple une question de prestations familiales.
Une fois en entretien, je commence par exemple par une mise à jour des droits, avant d’expliquer ma mission. Et je suggère alors à l’allocataire de l’accompagner sur la radicalisation.
En réalité, j’interviens surtout auprès des parents de mineurs en voie de radicalisation. Et dans tous les cas, je travaille en partenariat. Je peux proposer rapidement une orientation, par exemple vers l’un des psychologues de la préfecture, ou encore vers un imam du Conseil des institutions musulmanes des Yvelines.

Vous-mêmes, quelle aide leur proposez-vous ?
Je mène un accompagnement social global. J’interviens pour l’insertion, le logement, les enfants, la mise à jour des droits… Et à chaque fois, il faut faire face à une rupture de liens dans la cellule familiale.
Par exemple j’accompagne une famille dont une fille est partie en zone de conflit. Sa petite sœur a eu des velléités de partir la rejoindre. Elle restait enfermée dans sa chambre, dans sa souffrance. Mais en faisant intervenir un éducateur spécialisé, pour lui parler, elle s’en sort à présent. Le petit frère, lui, souffre d’abord de l’absence du père, et nous travaillons aussi sur cet aspect, avec une médiatrice interculturelle de la préfecture. Mais la dimension sociale est ici tellement importante qu’elle prend encore toute la place. La famille est dans une procédure d’expulsion pour impayés. Grâce à mes partenaires, nous devrions leur obtenir rapidement un logement social.

La CAF doit aussi interrompre des prestations ?
Oui, à chaque départ de France, la condition de résidence n’est plus remplie, ce qui suspend les prestations qui y sont liées. J’en parle alors à la famille. Cela peut être violent pour elle… Mais je peux alors vérifier si elle a d’autres droits.

Ce travail en lien avec la préfecture remet-il en question le secret professionnel ?
Tous les signalements des travailleurs sociaux de notre CAF se sont avérés justifiés. Et ces situations relevaient à chaque fois de la protection de l’enfance, de la protection des majeurs vulnérables, ou encore de la prévention de la délinquance. Dans ces trois domaines les assistants sociaux peuvent, ou doivent, lever le secret professionnel. Le cadre est clair, et ne me pose pas de question.

Vous arrive-t-il d’avoir peur ?
Jamais. Si je m’inquiétais, il faudrait que je change de poste ! Et au moins, face à ces situations, les institutions sont toutes mobilisées, et interviennent rapidement. Il reste que l’accompagnement est long. Il faut avancer au rythme de la famille…

(1)    Le 0 800 00 56 96


Auteur : Olivier Bonnin
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