Guide-familial.fr : Quand Vichy investissait dans les services sociaux (2/2)
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Quand Vichy investissait dans les services sociaux (2/2)

(12/01/2018)

Si plusieurs assistantes sociales se sont illustrées dans la Résistance, la plupart demeuraient attentistes dans les services sociaux officiels. Le régime du maréchal Pétain leur faisait d’ailleurs une place d’honneur dans sa Révolution nationale. L’historienne Isabelle Vaha revient sur cet « âge d’or » obscur.

« Mme Le Gourrierec, assistante sociale principale du Secours national de Lorient, reçoit la croix de guerre pour sa magnifique conduite pendant les bombardements de Lorient. » La photo ainsi légendée (ci-contre) a été retrouvée par Isabelle Vaha, une assistante sociale devenue historienne. Le « dictionnaire du service social », auquel elle contribue, vient de sortir de l’oubli des professionnelles héroïnes de la Résistance. Mais à l’époque, le régime de Vichy magnifiait volontiers ses propres assistantes sociales…
« Cette période est même l’une des plus fastes pour la profession », révèle Isabelle Vaha, membre du comité scientifique du dictionnaire. « Les assistantes sociales étaient alors portées aux nues, au nom des valeurs de la famille, de la solidarité et de la protection de l’enfance, que portait la Révolution nationale. » Ainsi dans la presse de Vichy, « nous étions belles, magnifiques, lumineuses », s’amuse l’historienne. Les couturiers Lanvin et Lancel furent même appelés à dessiner leurs tenues !


Goûters d'enfants

Les quelque 6 000 diplômées d’alors sont majoritairement employées par le Secours national, une organisation placée sous l’autorité directe du maréchal Pétain, qui la surnomme « l’œuvre des œuvres ». Dans ces années d’Occupation, les assistantes sociales sont en premier lieu mobilisées pour le ravitaillement. Mais elles se consacrent également aux goûters d’enfants ou à la supervision des jardins ouvriers, où elles réservent les plants de pommes de terre aux « bons pères de famille ». Elles s’attellent même à la surveillance morale des femmes de prisonniers, ou à la vente de cartes à l’effigie du Maréchal. Leur activité est telle que leur commissaire général, Robert Garric, ira jusqu’à créer des postes d’« auxiliaires sociales », pour les seconder !
Parmi les autres employeurs de l’époque figurent le Service social rural, ceux de la Marine ou les coloniaux, la Croix-Rouge française ou l’OSE… Même la Milice, l’organisation paramilitaire vichyste, disposait de son propre service social, qui soutenait notamment les soldats partis combattre aux côtés des nazis, et leurs familles.
Toutes ces activités officielles n’empêchaient pourtant pas les assistantes sociales d’offrir, parallèlement, des aides clandestines. Sans forcément prendre le maquis, beaucoup pouvaient détourner des tickets de rationnement, fabriquer de faux papiers, aider à des évasions… « Une assistante sociale a même organisé un commando pour dérober des tickets et des tampons dans une mairie », relate Isabelle Vaha.
En fin de compte, « la frontière n’était pas nette entre ce que nous appelons aujourd’hui résistance et collaboration », soutient l’historienne. « La majorité des assistantes sociales restaient, avant tout, dans l’attentisme ». Mais « au Secours national comme dans la clandestinité, elles défendaient les mêmes valeurs : protéger les enfants, les vieux, les personnes en danger ». Il faudra attendre la Libération pour qu’elles prennent leur indépendance des autorités.   

 

(Lire notre premier volet : Des héroïnes de guerre parmi les assistantes sociales


Auteur : Olivier Bonnin
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