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Charline Olivier : « J’étais seule assistante sociale pour 800 détenus »

(01/03/2018)

De ses deux ans de travail social en prison à Rennes, Charline Olivier a tiré un récit vivant et instructif : « Derrière les murs ». Alors que l'administration pénitentiaire a réintroduit près de 50 assistants sociaux dans ses personnels, l'auteure s'interroge sur leur mission : surveiller, punir, ou réinsérer ?

 

« Mes premiers pas en prison sont craintifs », écrivez-vous. Pour un assistant social, la prison semble être un univers hostile... Trouve-t-on toujours de l'empathie pour des assassins ? Et comment viser l'autonomie derrière des barreaux ?
En réalité je ne me suis jamais sentie en danger. Plutôt que de l'hostilité, c'est de la méfiance que je percevais chez les détenus. Ils ne comprenaient pas que je leur souri... Pour ma part, je n'avais pas de problème pour ressentir de l'empathie. En tant qu'assistante sociale, je n'ai pas à juger. Au début, je m'interdisais même de lire leurs dossiers - même si j'ai fini par le faire, pour éviter des questions indélicates.

 

L'empathie ne semble pourtant pas si évidente, par exemple lorsque vous rencontrez ce détenu qui a tué son bébé.
Mais grâce à lui je me suis libérée de la question. En réalité, je me sentais même coupable de vouloir l'aider ! J'ai finalement intégré qu'il était déjà jugé par d'autres...
En revanche, l'autonomie est bien ce que les travailleurs sociaux visent en prison - avant d'abandonner, souvent, face aux contraintes et aux murs. Les détenus ne peuvent même pas accéder à un ordinateur pour faire leurs démarches. Au moins peut-on les aider à accéder à leurs droits. Mais la vraie autonomie, c'est pour la sortie.
Mon autre difficulté, en tant qu'assistante sociale, est que je tenais à une approche globale de la personne. Par exemple je ne me voyais pas ignorer leurs situations familiales - d'autant que beaucoup étaient eux-mêmes passés par l'aide sociale à l'enfance. Mais cela demandait trop d'énergie et de temps. J'étais seule assistante sociale pour 800 détenus ! Pour l'institution, j'étais censée les aider dans leurs démarches administratives, en laissant ces autres dossiers pour l'extérieur. Et même entre les différents professionnels de la prison, les rapports sont très cloisonnés, clivés. Avec ma vision de la pluridisciplinarité, j'ai parfois échoué, face à des professionnels qui ne voulaient pas toujours coopérer.

 

... Face aux conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP), par exemple, que les assistants sociaux viennent compléter ?
Avec eux, j'ai eu beaucoup de chance. Mais certains collègues, ailleurs, ont des difficultés avec les CPIP. Nos missions respectives ne sont pas assez précises. Je veux justement montrer que nous pouvons tous cohabiter professionnellement. Je me suis efforcée d'être un rouage avec tous mes partenaires, dedans, comme dehors, en explicitant le fonctionnement judiciaire.

 

En prison, un assistant social sert-il donc à surveiller, punir, ou réinsérer ?
Pour moi ces termes ne s'opposent pas. J'ai dû souvent expliquer aux détenus pourquoi j'étais là... Pour les aider à réfléchir notamment. Par exemple sur les risques à choisir des activités illégales à la sortie. La réinsertion que nous leur proposons, c'est un salaire modeste, avec une vie ordinaire. Mais quand on a eu une enfance catastrophique, ce côté « ordinaire » de la vie peut paraître tout à fait irréel.

 

Charline Olivier. Derrière les murs : surveiller, punir, réinsérer ? La place du travail social en prison. Editions érès, 2018, 14 euros.


Auteur : Olivier Bonnin
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