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Le burn-out mis à distance en un roman

(23/04/2019)

Dans Les Loges du social, l’assistant social Frédéric Bennaï raconte comment un épuisement professionnel conduit en dehors de la réalité. En écrivant ce récit d’un « borgne out », ce professionnel de l’ASE a lui-même pu réagir, à temps, à de premiers signes de dérapage… Il invite ses collègues à la vigilance.

Seul dans son bureau de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui « regorge de secrets » de familles et dont les murs transpirent, chaque matin, « les souffrances endurées la veille », voilà un travailleur social qui sait, au moins, se protéger des douleurs des autres. Lorsqu’un entretien devient trop éprouvant, il glisse son regard vers le « Guitariste aveugle » de Picasso, affiché sur son mur. Et lui demande de tendre l’oreille. « Le compromis est simple, il écoute, je regarde. » Ainsi, assure-t-il, « je ne souffre pas des mots de l’Autre. Le tableau reçoit avec grâce et sympathie les doléances exprimées et ne semble pas en être altéré ».

 

Le réel à distance

Ce premier glissement en dehors de la rationalité est raconté par Frédéric Bennaï, un assistant social de 47 ans, dans un récit à la première personne, entre drames et onirisme, et titré d’un double jeu de mots - comme pour mieux mettre le réel à distance : Les Loges du social. Histoire d’un borgne out. De page en page, pourtant, c’est bien un burn-out  qui ronge ce travailleur social, assailli par les horreurs qu’il entend.
« Ce n’est pas mon histoire personnelle », précise aussitôt le romancier. Certes, il a lui-même travaillé plus de quinze ans à l’ASE, dans les Hauts-de-Seine. Et il le reconnaît : après avoir vu plusieurs collègues « partir en vrille », dans des conditions de travail toujours plus dégradées, il s’est lui-même senti gagné par « les signes avant-coureurs du burn-out ». « Je m’isolais de mes collègues, je laissais traîner les parapheurs », se rappelle-t-il. « Je tentais de ne plus m’exposer à ce qui fait mal… » Frédéric Bennaï perdait, déjà, son empathie – cette faculté de « se laisser traverser par les émotions de l’autre avant de les expulser ».

 

Romancer pour l'éviter

« Et puisque je n’allais pas bien, j’ai voulu me projeter dans l’étape suivante. » Le travailleur social imagine donc jusqu’où pourrait aller ce dérapage qui menace. En le romançant ainsi, il finit par l’éviter. « J’ai écrit ce livre en quinze jours. Puis j’ai demandé à quitter mon poste ! » Depuis 2017, Frédéric Bennaï est en disponibilité - dans une association où il renoue avec ce qui le passionne, « le temps de la rencontre avec l’autre ».
« Cela m’a rouvert l’autre œil », sourit l’auteur, qui décrit l’épuisement professionnel comme un « borgne out », restreignant le champ de vision face aux difficultés. Mais pourquoi ce mal menace-t-il tant les travailleurs sociaux ? Frédéric Bennaï pointe ces situations familiales de plus en plus violentes, insoutenables, renvoyant les professionnels à leur impuissance et à leur culpabilité. « Or on a perdu les groupes d’analyse des pratiques » - et même, en dehors du travail, nombre de réseaux sociaux sur lesquels s’appuyer…

 
Dans la glace

Que les assistants sociaux osent se regarder dans la glace, conclut l’auteur : si les voyants du burn-out s’allument – isolement, évitement, ou exaspération -, « il faut savoir s’arrêter une semaine, pour couper avec le travail, et essayer de rouvrir son deuxième œil. » Avec ou sans roman.

 

Les Loges du social. Histoire d'un borgne out. Frédéric Bennaï. Ed. les 3 Colonnes,  2018. 14,50 euros. 


Auteur : Olivier Bonnin (texte et photo)
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