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Comment les assistantes sociales se sont libérées des autorités (2/2)

(06/10/2017)

L'Anas vient de tirer des « morceaux choisis » de ses publications, parues depuis 1944. Et un combat s'avère constant : l'indépendance des assistants sociaux. Les professionnels l'ont même affirmée face aux forces de l'ordre en Algérie... Retour dans les archives, avec Cristina De Robertis et Henri Pascal.

 

Parmi les textes que vous avez sélectionnés, plusieurs portent sur l'Algérie. Il est question du congrès de l'Anas, organisé à Alger, en 1953. Puis la guerre éclate, et la profession affirme son indépendance vis-à-vis des forces de l'ordre.
Henri Pascal : En mai 1956 en effet, la Casbah d'Alger est investie par la police. Pour cette opération, plus de quatre-vingts assistantes sociales de la direction départementale de la santé sont réquisitionnées en pleine nuit. Il leur est demandé de fouiller les femmes de la Casbah. Mais une dizaine de professionnelles refusent d'y participer. Et l'Anas prendra position pour les soutenir... L'association obtiendra, finalement, qu'on ne fasse plus appel aux assistants sociaux pour ce type d'opération.
Ce type de question, en réalité, se pose constamment. Les professionnels peuvent toujours remettre en cause la légitimité d'une loi. Pendant l'Occupation déjà, les assistantes sociales pouvaient choisir de distribuer, ou pas, des tickets de rationnement, à des personnes dont les papiers d'identité étaient manifestement faux.

 

Mais c'étaient là deux périodes d'exception...
H. P. : Cette question de la légitimité face à la légalité s'est encore posée, par exemple, au début des années 70. Une allocation familiale venait ainsi d'être réservée aux femmes seules avec enfants. Une relation amoureuse ponctuelle de la bénéficiaire devait-elle, alors, remettre en jeu son statut de célibataire ? Une autre question pouvait également se poser, avant la loi sur l'IVG de 1975. Pouvait-on attribuer une aide financière à une femme, si c'était en réalité pour l'aider à partir avorter en Belgique ?

 

Le secret professionnel a-t-il aussi constitué une prise d'indépendance, face aux autorités ?
H. P. : Après que la loi du 8 avril 1946 a soumis les assistantes sociales au secret professionnel, l'Anas s'est, tout d'abord, mobilisée pour son respect par les employeurs. Après la Libération, en effet, elles se sont mises à travailler, en majorité, dans des services publics ou parapublics. Or dans ces administrations, les courriers qui leur étaient destinés étaient, dans un premier temps, ouverts par leurs directions, avant de leur être redistribués. Les professionnelles ont donc dû protester contre ce traitement. Mais dès 1946, effectivement, le secret professionnel leur interdit aussi de rapporter aux autorités ce qui a été appris dans le cadre professionnel...
Cristina De Robertis : Nous reprenons également plusieurs articles publiés face aux remises en cause de ce secret professionnel, avec la loi Perben II, de 2004, puis celle de prévention de la délinquance, de 2007. Nous avions alors beaucoup bataillé et manifesté contre ces textes ! Nous avions aussi participé aux travaux sur la loi réformant la protection de l'enfance, de 2007, mais celle-ci organisait, davantage, un partage de l'information.
Et aujourd'hui, en définitive, l'indépendance des assistants sociaux résiste... Difficilement, certes. Mais l'Anas est toujours là pour entretenir la flamme !

 

(Lire notre premier volet : "Comment les assistantes sociales ont pris leur indépendance professionnelle")

 

Photo tirée du film "Assistantes sociales en Algérie", 1949, consultable au CNC. © DR. 


« L'Anas aux tournants de l'Histoire : entre continuité et changement. Morceaux choisis - 1946 - 2007 » - Anne-Brigitte Cosson, Cristina De Robertis, Henri Pascal. Revue française de service social, n° 266 - 2017-3.


Auteur : Olivier Bonnin
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